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Actualités Episode 9 : Crawford Palmer

Episode 9 : Crawford Palmer

Chaque mercredi pendant l’été et pendant la reprise progressive de la saison, d’anciens SIGmen vous donnent de leurs nouvelles. Ce neuvième épisode est consacré au passage de l’un des joueurs les plus charismatiques de l’histoire de la SIG. International français médaillé d’argent lors des J.O. de Sydney en 2000 et capitaine de la SIG lors de son titre en 2005, véritable combattant sur le terrain, il a porté haut, quatre saisons durant, les couleurs de la SIG. Aujourd’hui, Crawford Palmer revient sur sa carrière…

PALMER NANCY 2006_06_10  REACrawford est né le 14 septembre 1970, non loin de New York, dans une ville plus connue pour sa collection de prix Nobel de physique (quatre en l’occurrence) que pour le basket : Ithaca. Mais, c’est à l’Université de Duke en 1988 que sa carrière a pris un pas décisif. Durant trois saisons, il progressa en Caroline du Nord au côté de futurs All Star NBA comme Christian Laettner, membre de la Dream team de 1992, ou Grant Hill que l’on ne présente plus. Dans une équipe où la concurrence était très rude, il a participé à trois finales de NCAA et a remporté le titre en 1991. Il vous dira pourquoi il a choisi d’aller à l’université de Darmouth où il y devint l’arme offensive et défensive numéro un. Meilleur marqueur et rebondeur de son équipe (16,5 points et 7,9 rebonds pour 32 minutes de temps de jeu en 26 matches), il y réalisa une saison complète. La suite de sa carrière et son arrivée rocambolesque en France, il en parle sans tabou : Fos-sur-Mer en N2, puis la JL Bourg où il fut la pièce maîtresse de l’équipe (19,2 points, 8,6 rebonds, meilleur contreur de ProB avec 2,4 contres de moyenne) ; puis l’ASVEL, ensuite la découverte du championnat espagnol et enfin son retour en France. Il vous parle aussi de son passage en équipe de France, avec comme point d’orgue la finale des J.O. de Sydney face aux USA. Pour les plus nostalgiques, il vous racontera sa mythique altercation avec Kevin Garnett et le fameux « Mais t’es qui toi? Tu joues où? Garnett? Connais pas ! »… En 147 matches sous les couleurs strasbourgeoises, il a cumulé 8,1 points, 5,4 rebonds et 1,7 passes. Le capitaine de l’équipe championne de France en 2005 vous raconte ces quatre saisons et donne son avis sur l’évolution de la SIG.

Franklin Tellier : Salut Crawford, comment vas-tu? Où vis-tu en ce moment?

Crawford Palmer : Je vais très bien. Je vis dans le sud, à Six-Fours-les-Plages à coté de Sanary et pas loin de Toulon. Ma femme est originaire d’ici. On s’y est installé en 2007. Moi, j’ai été obligé de partir à droite et à gauche entre temps mais depuis un an et demi, nous sommes tous installés ici.

F.T : Peux-tu nous résumer ta carrière en quelques phrases ?

C.P : Des fois, j’oublie qu’il y a des générations qui sont nées depuis que j’ai arrêté (rires). Même mon fils, qui est né à Strasbourg, n’a quasiment pas de souvenir de moi en tant que joueur. Le temps passe vite… J’ai grandi aux USA et fait mes parcours de lycéen et d’universitaire là-bas. J’ai passé trois ans à Duke avec coach “K” (ndlr: Mike Krzyzewski), j’y ai connu deux Final-four et un titre de Champion NCAA. Hélas, je n’y jouais pas le rôle que j’espérais, alors je suis parti dans une université que personne ne doit connaître (rire) : Darmouth. C’est connu pour son côté académique mais pas du tout pour le basket. J’ai joué un an là-bas, ça m’a un peu fait sortir du circuit. Donc l’été suivant, j’attendais des coups de fil ; hélas je n’en ai pas eu beaucoup. J’ai eu un contact dans le sud de la France à Fos-sur-Mer. Je ne connaissais pas du tout. On m’a dit que c’était la seconde division, mais mon agent de l’époque ne connaissait pas le système français et encore moins la N2. Quand je suis arrivé à Fos, ça m’a pris quelques mois avant de comprendre à quel niveau jouait le club. Au début, j’étais venu pour acquérir de l’expérience et, en fait, j’y ai joué trois ans, ça m’a beaucoup plu. J’y ai même rencontré ma femme. Après cela, j’ai joué à Bourg-en-Bresse, où en 10 mois j’ai fait des rencontres formidables. J’y retourne souvent. Après, l’ASVEL de Greg Beugnot est venu me chercher. J’ai côtoyé des joueurs d’un autre niveau! Deux ans plus tard, je suis parti en Espagne, deux saisons à Badalone et une  à Cacerès, avant d’être appelé par Strasbourg où j’ai joué quatre ans et fini ma carrière en 2006.

F.T : Tu as connu aussi une carrière internationale, avec une médaille d'argent aux J.O. de Sydney. Quels souvenirs en gardes-tu?

MOURNING PALMER

C.P : Je pense que j’ai eu beaucoup de chance ! J’ai été qualifié par la FIBA une semaine avant les Jeux. J’ai eu mon passeport en 1997 et il fallait attendre 3 ans pour pouvoir jouer en sélection. Dans ma famille, les Jeux olympiques ont toujours été  une compétition particulière, toute ma famille est passionnée de sport et les J.O., c’est réellement quelque chose à part. Quand j’ai su que je pouvais avoir l’opportunité d’y aller, j’ai énormément bossé. J’avais 30 ans, c’était un peu vieux pour un rookie en équipe nationale mais, même si ma carrière internationale n’a pas duré longtemps, j’étais là au bon moment. J’ai vécu avec un bon groupe de joueurs, avec qui il y avait une alchimie particulière : Rigaudeau, Sciarra, Bonato, Foirest… Un très bon souvenir. Beaucoup de choses ont été dites sur notre parcours ; certains disaient que c’était de la chance et on a été un peu critiqué après mais, quoiqu’il en soit, nous avons réalisé un truc fabuleux!

Vidéo : La finale des J.O. de Sydney FRANCE - USA 
Partie 1 : https://www.youtube.com/watch?v=ogLUKGNdI-g
Partie 2 : https://www.youtube.com/watch?v=ugELvqTSAQc

F.T : Je me souviens de ton altercation avec Kevin Garnett. Peux-tu la raconter à ceux qui ne la connaissent pas?

C.P : (rires) J’ai revu les images il y a deux/trois ans seulement tu sais ! C’est parti d’une grosse faute sur Gary Payton. Je suis à côté de Garnett pendant les lancer-francs et en même temps Payton tchache comme il avait l’habitude de le faire. Il inscrit le premier et manque le deuxième car il est encore en train de tchacher. Je me dis que je l’ai perturbé un petit peu. On s’était déjà frotté un petit peu avec Garnett avant, mais, sur la traverse du terrain, lui il continue… Disons que je crois qu’il ne s’attendait pas trop à ce qu’un Français lui parle en américain! C’était un peu de trash-talking entre deux joueurs dans un match de basket à enjeu à un moment du match où on était un peu malmené…

F.T : Ceci explique sûrement ton surnom: le boulanger ! D'où vient-il?

C.P : Je crois que ça vient d’un journaliste du Progrès à Lyon, Philippe Perroud, lorsque je jouais à l’ASVEL. Il m’a appelé comme ça, parce que je distribuais des ‘’pains’’ sur le terrain… mais c’était très gentil! Alain Digbeu a enchaîné avec ça et il m’appelle encore aujourd’hui “banette”.

F.T : Tu as travaillé un temps avec le staff de l’équipe de France une fois à la retraite. Où en es-tu de ta reconversion ? Que fais-tu maintenant ?

C.P : Lorsque j’ai arrêté de jouer, j’avais vraiment envie de faire autre chose. J’ai eu l’opportunité de passer les diplômes de marketing sportif et managérial pour entrer comme cadre à la fédération. J’y ai passé des bons et des mauvais moments. Ma famille était dans le sud et je passais beaucoup de temps à Paris et en plus j’ai commencé à commenter des matches pour MCS. J’ai décidé au bout d’un moment de redescendre vivre dans le sud. Maintenant, je coach l’équipe de mon fils à Bandol et les juniors à Sanary. Sinon, j’ai pour projet de repartir aux Etats-Unis l’année prochaine, en même temps que ma fille pour ses études, pour entraîner.

F.T : Tu faisais partie de l'équipe Saint-Michel qui avait remporté la vente de la SIG avant qu’elle soit annulée. Quatre ans après, quels souvenirs en gardes-tu ?

C.P : Je dirais : une bonne poussée d’énergie. C’est quelque chose qui me tenait à cœur. Lorsqu’on m’a parlé de faire quelque chose pour le club, j’ai tout de suite été tenté car c’est un club que j’ai beaucoup aimé. Quand il y a eu cet appel d’offre, moi j’étais très motivé, je venais de finir mes diplômes. Tout était dans les clous. Je me suis retrouvé avec un groupe très intéressant… Après c’est vrai que je préfère garder comme souvenir le début de l’aventure, avec beaucoup de monde qui travaille ensemble, que la suite…

F.T : Déçu, alors ?

C.P : C’était une déception de voir comment ça s’est passé, mais j’en tire du positif quelque part aussi. Quand je vois que certaines idées ont été prises et que ça fonctionne un petit peu, c’est bien ! Je suis passé à autre chose assez rapidement…

PALMER VICHY  2002_10_12  1703F.T : Malgré tout, as-tu suivi l’évolution de la SIG ces dernières années ?

C.P : Le club a donné le pouvoir au sportif, a choisi les bons hommes et est un peu plus « focus » sur la formation. J’aimerais penser qu’on a eu un petit impact là-dessus. Vincent est exactement le type de coach qu’il fallait. Il attache de l’importance à la formation. C’est quelqu’un de passionné, de la vieille école, avec un énorme QI basket et qui cherche les joueurs qui s’associent le mieux à sa philosophie. Son statut, et son titre avec l’équipe de France, rayonnent sur le club aussi. C’est exactement l’homme qu’il fallait. Je suis content que le club lui ait donné les moyens de réussir. Le fait qu’Aymeric s’investisse au club est une bonne chose aussi ! C’est quelqu’un qui connaît le milieu, de profondément bon et honnête et je crois que c’est ce genre d’homme qui peut donner envie aux gens de s’investir encore plus. Le club va dans le bon sens ! Je suis très content pour eux deux, et pour le club !

F.T : Revenons sur tes années à la SIG. En 2002, qu'est-ce qui t'avait motivé à revenir en France, à la SIG ?

C.P : En fait, à l’époque je ne voulais pas quitter l’Espagne. J’étais très bien là-bas (rires). Pour être honnête, c’était l’été des championnats d’Europe 2001, et Christophe Vitoux était deuxième assistant de l’équipe de France. J’avais fait un bon tournoi. Il voulait absolument que je vienne. Cacerès avait des problèmes financiers. C’est vrai que je ne voulais pas partir, donc j’ai demandé pas mal à Strasbourg car je voulais le même contrat qu’en Espagne. Je voulais les mêmes conditions pour partir, et la SIG a dit oui.

F.T : Justement, peux-tu nous parler de tes quatre saisons au club ? Quatre saisons différentes...

C.P : Malheureusement je pense que les résultats de la première année étaient, entre autre, la conséquence de ce gros contrat… La première saison était catastrophique. Il y a eu ce contrat et quelques restes de l’année d’avant. Mais je garde de très bons souvenirs de Strasbourg. J’ai côtoyé de très bons joueurs, surtout la seconde année. Après, bien sûr, il y a l’année du titre, avec un groupe très éclectique ! Des personnages vraiment super ! Avec une bande comme les Greer, McCord, Nissim, Perincic… Il y avait quelque chose de vraiment spécial entre nous tous ! Je n’en garde que des bons souvenirs. Et un titre ! La dernière saison était spéciale aussi. Finir sa carrière pro’ avec une saison d’Euroleague, c’était génial. L’Euroleague c’est presque comme la NBA, c’est le meilleur niveau. On est tombé dans une poule très costaude, mais c’est ça le vrai basket! Finir en titillant les Bologne, Trévise, Vitoria et autres c’est énorme! C’est ça le basket que j’aime, avec des arbitres qui laissent jouer, et avec de vrais enjeux !

F.T : Le meilleur souvenir est sûrement le titre de champion. Mais est-ce qu'il y a d'autres moments qui t'ont vraiment marqué ?

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C.P : Il y a le match d’Euroleague à Trévise avec Andrea Bargnani. Mais il y a surtout la demi-finale en 2005 contre l’ASVEL. On avait fait un bon match à l’aller, et au retour, à un moment on se retrouve à moins 15, moins 17. Pour moi c’était comme un retour à la maison, à Lyon. C’était l’un de mes meilleurs matches de la saison (ndlr : 19 points, 8 rebonds et 27 d’évaluation). Même si je n’ai pas fait une grosse finale, ce match m’a toujours marqué. Faire ce match, à Lyon, pour aider l’équipe à se qualifier pour la finale, c’était quelque chose de spécial…

F.T : Durant ces années, quel(s) joueur(s) t'a le plus impressionné ?

C.P : Lorsque je jouais en Espagne, il y avait Tanoka Beard et Pau Gasol… qui était pas mal même en étant très jeune ! Avec Navarro, Bodiroga, Barcelone avait une énorme équipe. Il y a eu de gros matches entre nous. Barcelone était le grand rival de Badalone. Nous étions un peu les voisins pauvres... En ProA, je dirais Delaney Rudd et Laurent Sciarra. Il y a aussi Nino Kovacic de Zadar, que j’ai recroisé par la suite, et qui est vraiment sympa.

F.T : Es-tu toujours en contact avec des anciens partenaires ?

C.P : Mis à part Aymeric pas vraiment. J’ai recroisé Ricardo en Floride, chez lui, quelques fois. Il m’arrive d’en recroiser certains mais c’est vrai que je me suis un peu coupé du basket… mis à part le basket local, ici. Je me suis un peu coupé mais je ne les ai pas oubliés!

F.T : Te reverra-t-on un jour à Strasbourg et/ou au Rhenus ?

C.P : Honnêtement je ne sais pas. Remonter sur Strasbourg est quelque chose qui me plairait beaucoup car j’y ai gardé de très bons amis. C’est aussi le lieu de naissance de mon fils, donc on y reviendra forcement. Par contre je ne suis pas sur de passer au Rhenus, pour des raisons personnelles, même si j’y garde certains de mes meilleurs souvenirs !

F.T : Un message pour les fans ?

C.P : Il y a un vrai noyau dur de fans, qui aiment ce club, et qui sont attachés à la SIG. Je n’ai pas oublié ces fans. Je suis vraiment très content pour eux de l’évolution des choses. Ils ne sont plus dans un vieux Rhenus à moitié vide. Maintenant il y a du beau jeu, des beaux matches d’Euroleague. Ils ont vraiment du beau basket à se mettre sous la dent. Je suis très content pour eux et j’espère sincèrement que ça va durer. Merci à tous pour votre soutien!

Par Franklin Tellier

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