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Actualités Lauriane Dolt : « Une femme peut apporter quelque chose de différent »

Lauriane Dolt : « Une femme peut apporter quelque chose de différent »

Femme dans un monde d’hommes, Lauriane Dolt est une exception dans l’univers du basket professionnel. A la SIG depuis 14 saisons, joueuse puis entraîneur, elle n’a pas souvent vu les projecteurs se braquer sur sa modeste personne. Mais les brillants résultats des espoirs du club et plus largement les excellentes performances du Centre de formation, nous ont donné envie de faire plus ample connaissance avec cette passionnée de basket-ball. Et de vous faire partager son parcours, ses envies, et des ambitions.

Lauriane

Le 26 novembre, à Saragosse, Lauriane Dolt était dans l'ombre de Vincent Collet et de Pierre Tavano...

Née il y a 32 ans dans une famille de… footballeurs d’Artolsheim, près de Sélestat – papa joueur puis entraîneur, petit frère joueur – Lauriane, qui est aussi la cousine de Jérôme Schmitt, passé par la SIG et l’équipe de France, a eu très tôt envie de jouer au basket. Sa taille (1,80m à 14 ans !) l’y prédestinait forcément. « Mais ma mère voulait que je fasse des sports de fille, de la gymnastique et de la danse ! », raconte-t-elle d’entrée, une légère contrariété dans le ton.

« Au Racing ? Mais je ne joue pas au foot ! »

A l’âge de 12 ans, pourtant, elle parvint à convaincre sa maman de signer une licence à Ohnenheim, le village voisin. Premier tournant, lors d’un de ses premiers matches à Schirmeck : « Abdel Loucif (NDLR : l’actuel coach des cadets de la SIG) était là et il était à l’époque en charge du Centre de formation des féminines du Racing. Il faut dire que j’avais déjà à ce moment-là ma taille actuelle, même si j’étais une crevette (NDLR : 1,80m). Il s’est approché à la fin du match et m’a demandé de venir au Racing. Dans mon esprit, je ne connaissais que le club de foot ! Je lui ai répondu que je faisais du basket… »

Abdel parvient tout de même à obtenir le numéro de téléphone de ses parents et pendant que Lauriane rentre chez elle, le téléphone sonne chez les Dolt, peu au courant des choses du basket alsacien. « Mon père a cru qu’on voulait le recruter pour entraîner… le Racing ! »

L’histoire se termine plutôt bien, pourtant, car Lauriane disputera ses deux saisons minimes à Strasbourg avant de rejoindre Wittenheim, de jouer en Nationale 2 tout en remportant la Coupe de France avec les cadettes, puis Sélestat pour une saison. Mais le club du Centre-Alsace s’est écroulé dans la foulée. En 2001, Lauriane Dolt rejoint la SIG pour jouer avec l’équipe première. Parallèlement, à 15 ans, le démon du coaching l’habite déjà. « J’étais déjà l’assistante de Fred Halbwachs pour les minimes d’Alsace ».

Une blessure met fin à sa carrière

Le déclic se produit lorsqu’une hernie discale l’écarte définitivement des terrains, en 2003. Lauriane n’a qu’une vingtaine d’années. Elle s'occupe des benjamins d’abord, puis de la direction de l’école de basket de la SIG. Des expériences qui lui font comprendre qu’elle est plutôt à l’aise dans le basket masculin. « C’est mon caractère qui fait ça. Trop exigeante… Je n’ai pas assez de patience avec les filles », lâche-t-elle. De fil en aiguille, elle devient assistante chez les cadets, puis chez les espoirs avec Olivier Weissler. Lorsque l’actuel directeur du centre de formation de la SIG doit prendre du recul, Lauriane redoute qu’on ne lui propose pas le poste de titulaire. Car elle avait déjà l’ambition d’avancer avec cette équipe.

Une progression constante
tempsmort

Au temps mort, les espoirs de la SIG sont très à l'écoute des consignes de Lauriane.

« Depuis que je suis au Centre de formation, je me rends compte que je ne cesse d’avancer. Je me disais que ça va s’arrêter, mais non… Ce n’est pas toujours facile mais je m’étonne moi-même ». Lauriane ne parle pas là de ses compétences techniques ou tactiques mais de sa capacité à gérer un groupe, à faire avancer une équipe sur d’autres plans que ceux du seul jeu. Elle admet que les échanges avec Terrick Nérôme qui était alors son adjoint, chez les cadets et les espoirs, ont été particulièrement bénéfiques à cet égard.

Le fruit d’une remise en question que ceux qui l’entourent, qui l’ont vu évoluer, ont constaté eux aussi. A commencer par Vincent Collet qui lui a confié, en novembre dernier à Saragosse, la conduite d’un entraînement des pros à la veille d’un match d’Eurocup très important. « J’ai été très touchée par cette marque de confiance », se rappelle-t-elle. « Lauriane a beaucoup mûri dans sa façon d’appréhender les choses. Une femme dans le monde professionnel ? Il va certainement y avoir une évolution dans ce domaine parce qu’il n’y a pas de dimension physique. Elle a aussi accepté d’être une femme dans ce milieu particulier, et ce n’était pas le cas au début. Elle criait trop et personne ne l’entendait. Aujourd’hui, elle est beaucoup plus calme, ses messages passent mieux et son groupe, en espoirs, est en adhésion, l’écoute beaucoup. Ils ont confiance en elle. Elle a perçu qu’il fallait qu’elle soit elle-même et qu’avec les qualités qu’elle a, elle peut parfaitement réussir », estime le sélectionneur national.

« Que le regard des autres change »

Capitaine de l’équipe espoir, Antony Labanca travaille depuis huit ans avec Lauriane Dolt. « On se connaît bien. Elle arrive parfaitement à se faire respecter par les joueurs. Nous on fait abstraction du fait qu’il s’agit d’une femme, on n’y pense pas. Elle nous fait bien travailler, on progresse et les résultats sont là. Même si elle a encore tendance à crier parfois… »

« C’est en prenant mes distances avec le côté affectif que j’ai progressé ». Plutôt réservée, mais d’un caractère bien trempé, la jeune femme fait son bonhomme de chemin. Et elle n’a pas l’intention d’en rester là. Femme dans un monde d’hommes, Lauriane Dolt aimerait pourtant que les mentalités bougent : « J’aimerais que le regard sur le fonctionnement des femmes coaches change. Qu’il y ait plus de confiance et moins de questionnement. Sur le plan tactique et technique, ce sont les compétences qui comptent. Mais sur la manière de gérer les hommes, dans l’approche psychologique, je suis persuadée qu’on peut apporter quelque chose de différent. C’est toute la complexité. L’homme a un regard particulier sur la femme, surtout dans le monde professionnel. Et on peut plus facilement toucher la corde sensible pour tirer le meilleur d’un joueur quand on est une femme… »

Les résultats eux, ne mentent pas. 21 victoires, deux défaites seulement et une série (en cours) de 16 victoires. Même si, trop modeste sans doute, elle ne veut pas en prendre la plus grande part, Lauriane Dolt a largement contribué à cette performance.

Son rêve secret ? « Mon modèle de coach, c’est Ettore Messina ou Zeljko Obradovic. Voir que Becky Hammon est aujourd’hui l’assistante de Greg Popovich à San Antonio, ça laisse toutes les portes ouvertes… »

En attendant, elle va poursuivre l’aventure avec les espoirs. Tout porte à croire que l'équipe qui compte trois victoires d'avance, pourrait décrocher le titre de champion de France en fin de saison. On lui souhaite aussi de décrocher dans la foulée le trophée du Futur et, pourquoi pas, être élue coach de l’année. Avant de voir plus loin, plus haut...

Jean-Claude Frey