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Episode 14 : Ahmadou Keita

La SIG vous propose une nouvelle fois de prendre des nouvelles d’anciens joueurs de la SIG durant l’été. Ainsi, le plus souvent possible, un joueur viendra témoigner de son histoire avec le club. Pour le premier épisode de la saison 2, le premier à se jeter à l’eau est le champion de France de ProB et MVP Français en 1999 avec la SIG, Ahmadou Keita.

Pour les plus jeunes qui ne le connaissent pas, Ahmadou Keita a joué deux saisons comme meneur à la SIG, 1998/99 et 1999/2000. Avant cela il avait éclaté aux yeux du public avec le SLUC Nancy. Finissant même deux fois 2ème au classement du MVP Français, dont une fois derrière le SIGman Bruno Hamm en 1994, il était reconnu comme une fine gâchette à trois points. Durant sa longue carrière, il a joué dans de nombreux clubs qu’il nous résumera, et fut trois champions de ProB, avec trois clubs différents. Fort de son expérience, il a décidé à l’heure de la retraite de devenir agent de joueur après s’être essayé lors de son passage à Strasbourg comme… patron de bar! A l’heure où les transferts font rage, il nous explique le travail d’agent sportif avant de revenir sur ses années à la SIG…

Ahmadou keita 2014
Ahmadou Keita de joueur à agent

Franklin Tellier : Avant tout, pouvez-vous résumer votre carrière pour les plus jeunes ? Ahmadou Keita : J’ai commencé à Arpajon dans l’Essonne d’où je suis originaire. Ensuite, je suis passé au sport-études avec Alain Weisz. J’ai enchainé avec une saison au centre de formation de Cholet où j’ai découvert le haut niveau et j’ai fini ma formation à Sceaux. En pro, j’ai fait Nancy pendant quatre ans, puis l’Espagne à Murcie et l’Italie à Cantú avant de revenir en France à Chalon. Et après Chalon, j’ai joué deux ans à la SIG… avant de partir à Limoges, mon dernier club de ProA. Par la suite il y a eu GET Vosges, mais en fin de carrière j’étais aussi dans l’optique ‘‘de voir les villes’’. C’est pour cela que j’ai fait aussi Madrid (ndlr : CB Coslada) ou Antibes avant de finir à Caen, en N2.

F.T : A la fin de votre carrière en 2009, vous créez la société AKSports et devenez agent. Pourquoi ce choix? A.K : Comme beaucoup de joueurs, je m’orientais vers le coaching. Mais pendant les trois quarts de ma carrière, je me trouvais seul des clubs et je négociais moi-même mes contrats. En fin de carrière, pas mal de jeunes me demandaient mon avis et je faisais l’intermédiaire pour certains. C’est venu tout seul, au fur et mesure. Mais le déclencheur a été mon neveu qui sortait de l’INSEP et qui avait besoin de conseils. Je pense que l’on ne peut pas être mieux servi que par sa famille. Tout cela a fait que je me suis orienté doucement vers le métier d’agent en passant mes licences.

F.T : On est en pleine période des transferts. L’occasion rêvée pour parler un peu plus de ce monde assez méconnu du grand public. Etre agent de joueur qu’est-ce que c’est exactement ? A.K : La définition la plus théorique d’un agent, c’est un intermédiaire qui met en relation les joueurs et les clubs pour leur faire signer un contrat de travail. Mais selon moi c’est un peu plus large que ça. C’est être aussi un conseiller, quelqu’un qui aide à gérer une carrière avec un œil extérieur; ce que ne peuvent pas forcément avoir les parents ou le joueur lui-même. Cette aide n’est peut-être pas neutre, mais elle est moins dans l’affect que ne pourrait l’être les parents, pour conseiller au mieux le joueur. L’agent est là pour apporter un avis supplémentaire.

F.T : Si vous deviez comparer une semaine de travail d’un joueur et celle d’un agent... A.K : Honnêtement, je donnerais tout pour redevenir joueur ! Etre joueur prend beaucoup de temps mais être agent c’est pire ! Je pense que je n’ai jamais autant travaillé que depuis que je suis agent. Il y a du scooting, de l’administratif… C’est comme travailler aux ressources humaines dans une entreprise. Il y a toujours un souci à régler. Si vraiment on veut être très impliqué, accompagné au mieux, on peut ne jamais s’arrêter…

F.T : Avant de passer à la suite, un mot sur les camps qu’AKSports organise chaque été. Cela démontre aussi la volonté d’accompagner et d’encadrer les joueurs que vous suivez et pas simplement faire du business de masse… A.K : Ce sont des bols d’oxygène pour moi. On organise ça entre amis depuis cinq ans. J’y retrouve les sensations que j’avais quand j’étais joueur. On parle basket, on essaye de donner envie de progresser, de faire du travail individuel. C’est vraiment la partie du métier que je préfère. Bien sûr, on ne peut pas négliger l’autre qui consiste à négocier le meilleur contrat pour son joueur et lui trouver un club. Mais il faut aussi prendre du plaisir. Je pense qu’un bon basketteur prendra obligatoirement du plaisir sur le terrain. J’essaye de tirer aussi du plaisir dans mon nouveau métier même si, c’est certain, ce n’est pas toujours facile.

Ahmadou Keita 1998_1999
Ahmadou Keita, meneur incisif durant deux saisons à la SIG

F.T : Pour fermer la parenthèse ''reconversion'',  je voudrais revenir sur une anecdote. Avant d’être agent, il me semble que vous aviez un bar avec Christian Cléante à Strasbourg, « Le Passeva ». On était bien loin du métier d’agent là… A.K: Haha ! Le Passeva… On a passé un paquet de bons moments mais aussi des plus difficiles. Ce n’est pas facile de tenir un bar. J’essaye toujours de prendre du plaisir dans ce que je fais. Ouvrir un bar avec Christian c’était hyper intéressant. Lui l’a fait un peu plus longtemps car je suis parti à Limoges et l’aventure n’a pas pu continuer. Mais ça fait partie des projets intéressants dans une vie. Ça nous a permis d’apprendre un peu la vie à l’extérieur du basket où on est plus dans un cocon…

F.T : Revenons sur vos deux saisons à la SIG. Commençons par 98/99. Après un départ raté, la SIG finit championne de France de ProB et finaliste de la coupe de France. Quels souvenirs gardez-vous de cette saison? A.K: On en parlait encore il n’y a pas longtemps avec Christophe Vitoux (ndlr : coach de la SIG à l’époque; son interview: ici). Je me rappelle des cinq premiers matches dans un Tivoli vide. On enchaînait les défaites. L’ambiance était morose. Tout le monde se demandait ce qu’il faisait là, c’était une catastrophe. Et six mois plus tard, la salle est pleine, on joue la montée et une demi-finale de coupe contre l’ASVEL avant d’aller à Bercy. C’est vraiment cette montée en puissance que je retiens. Ce retournement nous rappelle combien une situation peut sembler compromise mais au final s’inverser totalement. C’est la magie du sport.

F.T : Parallèlement à ça, vous êtes élu MVP français de ProB. Une saison quasiment parfaite … A.K : Oui, une bonne saison, mais j’avais eu un gros entraînement l’année d’avant à Chalon. Je suis arrivé en forme et revanchard. On avait une bonne équipe. C’était que du plaisir ! Strasbourg était vraiment un très bon moment. Je garde beaucoup d’amis et de souvenirs de Strasbourg. Cette petite magie qui s’est passée en un an m’a marqué.

F.T : La seconde année, vous retrouvez la ProA avec la SIG et le club se hisse en demi-finale des playoffs. Un mot sur cette saison 1999/2000 ? A.K : Je suis un peu mitigé sur cette saison. La précédente était très longue. J’avais un gros temps de jeu et je pense que mon corps a un peu lâché la 2ème année. C’est la seule saison de ma carrière où j’ai manqué des matches. Je me suis cassé le petit doigt de pied, déchiré le mollet. C’était dur physiquement mais j’ai quand même participé à beaucoup de matches (ndlr : 15). Et j’ai profité des blessures pour ouvrir le bar, faire autre chose. C’était enrichissant.

F.T : Des joueurs que vous avez côtoyés à la SIG vous ont-ils plus marqués que d’autres? A.K : Paris McCurdy était un personnage ! Jarod Stevenson qui ne payait pas de mine mais qui mettait ses 30 points facilement. J’aimais bien John White pour sa qualité de scoring… Je pourrais quasiment tous les citer. Durant ces deux saisons ce sont davantage deux groupes qui nous faisait gagner, pas vraiment les individualités.

Ahmadou Keita_SIG basket saison 1999 2000
Keita lors d'un match face à Montpellier en 2000

F.T : Est-ce qu’une anecdote ou un match en particulier vous revient en mémoire? A.K : Des anecdotes extrasportives il y en a pas mal. (Rires !) Sportivement, un match m’a marqué c’est celui à Cholet. Je revenais de blessure, On était à moins 20 à cinq minutes de la fin mais on gagne le match. Je me souviens encore de la dernière action. Forte me donne le ballon, je remonte le terrain et je marque au buzzer ! (ndlr : victoire 82-83 le 08/01/2000, lors de la 17ème journée. Cholet menait de 77-61 à 6 minutes de la sirène avant de voir le retour de la SIG avec Ahmadou Keita meilleur marqueur du match, 22pts)

F.T : Parlons de la SIG au présent. Quel regard portez-vous sur l’évolution du club depuis? A.K : Le club monte en puissance. Il entre aussi dans l’histoire, malheureusement, avec les trois finales perdues. Mais tout cycle est fait pour s’inverser. Ce qui est bien c’est que le club retrouve l’Euroleague. Ce qui serait encore mieux, c’est que la SIG regagne le titre. Il faut le gagner rapidement pour ne pas être le Poulidor du basket ! Mais ce ne sera pas facile. Je crois que ça permettrait de faire passer Strasbourg à une autre échelle et devenir une vraie place forte du basket. Il y a tout pour faire un grand club. Une salle, depuis deux ans le public, de l’ambition. On parle beaucoup du Nord ou de la région parisienne mais il y a une vraie culture basket en Alsace. C’est bien que la SIG devienne un moteur. La France a besoin de clubs qui auront le budget et la structure pour jouer le Top16.

F.T : Avant de finir, un mot pour les fans ? A.K : Je ne viens plus aussi souvent à Strasbourg mais c’est toujours avec plaisir que j’y retourne. Les gens ont de la mémoire et se souviennent de ce que l’on a fait pour le club, même si c’était il y a longtemps. C’est plaisant. J’ai connu beaucoup de monde en peu de temps, en étant joueur plus le bar, et je suis resté en contact avec beaucoup.

Interview réalisée par Franklin Tellier